Management & Leadership — Par Alfred BIAOU, Expert en recrutement, gestion stratégique des RH et développement des compétences
← Retour à l'accueilDans un monde professionnel en constante mutation, se contenter d'être compétent ou de remplir la description de son poste ne suffit plus. Trop de diplômés et de cadres vivent au jour le jour, prisonniers d'une routine qu'ils ne maîtrisent pas, espérant une reconnaissance ou une promotion qui n'arrivent jamais.
Selon la psychologie du travail, la performance globale est désormais considérée comme une structure bidimensionnelle indissociable, comme l'ont théorisé Borman et Motowidlo (1993) : d'un côté, la performance des tâches, et de l'autre, la performance contextuelle. Cela englobe non seulement l'efficacité technique dans l'accomplissement des missions formelles, mais aussi tous les comportements volontaires qui composent le tissu social, psychologique et organisationnel d'une entreprise.
Nous faisons face à un paradoxe contemporain : bien que le nombre de diplômés ait explosé, il existe une profonde crise quant à l'impact réel des individus au sein des organisations.
L'excellence n'est pas simplement le fruit d'un diplôme ; elle est le résultat d'une discipline quotidienne qui relie ce que vous produisez (performance des tâches) à ce que vous réalisez avec votre équipe (performance contextuelle).
Dans ce cadre, chaque cadre doit faire un choix crucial : devenez-vous un canard qui se débat dans sa misère ou un aigle qui s'élève au-dessus des difficultés ? Êtes-vous juste un tailleur de pierre ou êtes-vous un bâtisseur de cathédrales ?
La performance des tâches évalue l'efficacité brute d'un cadre à générer les résultats attendus. Cependant, les professionnels négligent souvent le fondement même du capital humain : la théorie de l'usure. À l'instar d'une machine en usine qui s'use sans entretien, les compétences et connaissances d'un cadre peuvent devenir obsolètes avec le temps et la répétition des mêmes tâches.
Un diplôme obtenu il y a quelques années devient rapidement obsolète s'il n'est pas régulièrement actualisé. L'usure professionnelle entraîne un ralentissement face aux nouvelles technologies ainsi qu'une diminution de la valeur sur le marché.
Investir dans les activités générant une forte valeur ajoutée en consacrant 80 % des ressources sur les 20 % des efforts produisant les meilleurs résultats.
Continuellement se poser : Que puis-je améliorer ? Quelle innovation puis-je apporter ? Comment inscrire ma contribution dans ce poste ?
Réduire le cycle d'évaluation annuel à trimestriel voire mensuel pour rester compétitif.
Évaluer ses propres performances chaque trimestre pour maintenir ses compétences aiguisées.
Prenons exemple sur Ezra et Thomas, deux jeunes leaders intégrant notre organisation simultanément. Ezra accède au poste de Senior Manager tandis que son collègue éprouve une certaine jalousie envers lui. Leur supérieur leur confie une même tâche : identifier s'il existe un vendeur de pastèques en ville.
Thomas reviendra avec l'information qu'il y a effectivement un vendeur mais devra encore demander le prix par kilo ; son approche reste très standardisée et ancrée dans sa routine.
Ezra revient après avoir effectué une analyse approfondie : il identifie le vendeur tout en enregistrant les prix et évaluant le stock disponible (93 melons pesant 7 kg chacun), découvrant également que celui-ci possède sa propre ferme capable de livrer 102 melons par jour durant quatre mois consécutifs. Par ailleurs, il calcule que cet accord pourrait engendrer 223 000 € supplémentaires par rapport à l'année précédente (+3,78 % du total), toutes ces informations étant déjà organisées dans un tableau Excel.
La performance contextuelle est la capacité à créer un environnement positif, à encourager la coopération et à renforcer l'esprit d'équipe. Un cadre techniquement brillant mais relationnellement destructeur est un fardeau pour l'organisation.
« Le leadership est l'art d'influencer et de diriger les gens pour qu'ils nous accordent volontairement leur soutien, leur confiance, leur respect et leur coopération. C'est l'art de transformer des personnes ordinaires en personnes extraordinaires. » — Roger Fulton
Une ligne hiérarchique fonctionne avec une division claire des responsabilités : l'employé est payé pour conseiller, le manager pour décider. L'essence même de l'engagement et le véritable test de la confiance ne se mesurent pas lorsque le manager est prêt à faire confiance à vos idées. Le code de l'excellence est l'employé qui n'est pas prêt à renoncer à ses conseils, analyses et orientations et qui conseillera indépendamment de ce que le patron lui dit, même si ce n'est pas ce qu'il avait suggéré.
Appliquer la règle d'or : « Attaquez le problème, pas la personne ». Un bon débat a une bonne intention d'être bon (critiquer une idée pour l'améliorer), une écoute active (pour montrer que vous écoutez et clarifier pour comprendre) et une objectivité rigoureuse (basée sur des faits et des données, pas sur des impressions).
Ne soulevez pas de questions sensibles de la vie personnelle et n'essayez pas de recadrer un ami ou un collègue à moins que votre niveau de confiance ne soit très fort, au moins à 60/100. Sans cela, toute tentative d'influence est perçue comme agressive ou intrusive.
Pourquoi nous prenons des décisions
Les règles sont les mêmes pour tous
Les employés s'expriment avant la décision
Lorsque le processus rigoureux de co-construction (Discuter… Débattre… Décider… S'engager) est terminé, la règle absolue de l'engagement commence à s'imposer. La lâcheté psychologique, c'est quand un membre de l'équipe est tenté de se retirer de la décision finale une fois sorti de la salle de réunion.
Nous trouvons parfois les réponses dans de gros volumes de stratégie, et la formule maîtresse du succès et du leadership a été magistralement mise en lumière par le Dr Myles Munroe dans sa méditation inspirante sur les fourmis. Ces petites créatures ont un code de conduite invisible, une boussole interne qui guide leur excellence.
Résilience face aux crises — Mettez un obstacle sur le chemin d'une fourmi : elle ne s'assoit pas pour blâmer le destin. Elle bouge, cherche, grimpe, contourne ou creuse jusqu'à ce qu'elle trouve une issue.
Le cadre flexible sur le plan tactique, rigide sur l'objectif final.
Prévision stratégique — Au milieu de l'abondance estivale, la fourmi ne succombe pas à l'illusion de la permanence. Elle stocke.
C'est pendant l'« été » de leur carrière que les cadres doivent se former, diversifier leurs compétences et constituer des réserves stratégiques.
Vision et optimisme actif — La fourmi ne se déprime pas dans le gel hivernal. Sa philosophie murmure : « Cela ne durera pas, le printemps reviendra ».
L'excellent cadre profite de l'hiver professionnel pour affiner ses outils et préparer son équipe à bondir.
Ambition saine — Combien une fourmi récolte-t-elle pendant l'été ? Autant qu'elle le peut. Elle ne ménage pas sa force.
Le grand cadre rejette la loi du moindre effort ; il donne le maximum de ses capacités.
La colonie fonctionne sans superviseur visible car chaque membre est imprégné d'une autodiscipline totale.
Le bon cadre n'a pas besoin d'un micro-manager. Il est son propre contrôleur et sait que le succès est un sport d'équipe.
Afin de surmonter la théorie de l'usure, le cadre ne peut déléguer la responsabilité de sa croissance à son employeur. Il pratique l'autodétermination en considérant sa position actuelle comme un tremplin stratégique. Il investit 10 % à 20 % de son revenu pour construire son être intérieur (coaching, certifications, livres).
Il maîtrise le mécanisme clé de la communication ascendante : Informer, Traiter, Rapporter. Lorsqu'il est confronté à un problème, il adopte l'« approche solution » : il informe immédiatement la hiérarchie pour éliminer l'élément de surprise et propose de vraies solutions.
La réponse à cette question détermine votre impact. Rappelons-nous l'allégorie des bâtisseurs de Notre-Dame de Paris. Trois tailleurs de pierre sont interrogés sur leur tâche :
« Je taille une pierre » — le travail subi comme une contrainte
« Je travaille pour nourrir ma famille » — un besoin économique légitime
« Mon seigneur, je construis une cathédrale ! » — un regard lumineux
Le troisième tailleur de pierre a relié son travail quotidien à une grande œuvre qui le dépasse. Travailler pour le sens et non seulement pour un chèque de paie à la fin du mois libère une nouvelle énergie et l'atteinte de l'excellence.
L'excellence n'est pas le résultat des circonstances, c'est une posture. Cette porte ne s'ouvre que de l'intérieur. Comme le Dr Myles Munroe nous l'a si brillamment enseigné à travers la sagesse des fourmis : ne souhaitez pas que les choses soient plus faciles, souhaitez être meilleur.
Prenez la décision aujourd'hui d'investir dans votre valeur, d'appliquer un code relationnel impeccable et de lever les yeux vers la cathédrale que vous construisez.